Résumé exécutif
Dans le cadre des récents débats entre l’Europe et l’Amérique latine, portés par l’Assemblée parlementaire euro-latino-américaine (EuroLat), l’éducation numérique a été réaffirmée comme une priorité stratégique pour le développement, l’inclusion et la coopération birégionale.
Cependant, les observations de terrain montrent que, sans une approche fondée sur les droits humains, la numérisation de l’éducation peut approfondir les inégalités existantes au lieu de les réduire.
L’accès limité, coûteux et instable à Internet, combiné au manque d’équipements et de compétences numériques, exclut les populations les plus vulnérables de leur droit à l’éducation.
Pour l’Union européenne, cela représente un défi majeur de cohérence entre ses valeurs, ses engagements internationaux et ses investissements en coopération.
1. Contexte : l’éducation numérique dans l’agenda UE–Amérique latine
L’éducation numérique est devenue un pilier central de la coopération entre l’Union européenne et l’Amérique latine, notamment à travers des initiatives telles que Global Gateway et des programmes comme Erasmus+.
Dans des espaces comme EuroLat, la connectivité et la transformation numérique sont présentées comme des leviers essentiels pour :
• renforcer l’inclusion sociale
• améliorer la qualité de l’éducation
• promouvoir le développement durable
• consolider la démocratie
Cependant, cette approche repose sur une hypothèse qui mérite d’être reconsidérée : que la numérisation, à elle seule, génère de l’inclusion.
2. Problème structurel : inégalités d’accès et d’usage: Selon la Commission économique pour l’Amérique latine et les Caraïbes (CEPALC), près d’un tiers de la population n’a pas accès régulièrement à Internet. Dans les zones rurales, ce chiffre peut dépasser 50 %.
À cela s’ajoutent des facteurs critiques :
• coûts élevés de la connectivité, notamment des données mobiles
• accès limité à des équipements adéquats
• connexions instables ou de faible qualité
• faibles niveaux de compétences numériques
• inégalités de genre et territoriales
Les données recueillies par RIDHE au cours des premiers mois de 2026 montrent que, dans de nombreux contextes, se connecter signifie choisir entre éducation et besoins essentiels.
Dans ces conditions, transférer l’éducation vers le numérique sans mesures structurelles d’inclusion ne réduit pas les inégalités.
Elle les déplace et les aggrave.
3. Impact : exclusion du droit à l’éducation
L’UNESCO estime que plus de 160 millions d’élèves en Amérique latine et dans les Caraïbes ont été affectés par la fermeture des écoles pendant la pandémie, dont beaucoup n’ont pas pu accéder à l’éducation numérique.
Aujourd’hui, bien que les modèles hybrides persistent, les conditions structurelles d’accès n’ont pas significativement évolué.
Cela entraîne :
• l’exclusion des élèves sans connectivité
• l’élargissement des inégalités socio-économiques
• la fragmentation des systèmes éducatifs
• une limitation des opportunités futures
La fracture numérique est devenue une barrière structurelle au droit à l’éducation.